«Entre deux mondes » de Olivier Norek, éditions Michel Lafon
Ayant entendu beaucoup de bien des ouvrages de cet auteur, j’ai sauté le pas et emprunté l’un de ses romans à la médiathèque, un peu au hasard, car le résumé était très flou : « Adam a découvert en France un endroit où l’on peut tuer sans conséquences. »
Je m’attendais donc à un thriller peut-être angoissant, et en fait pas du tout ! J’ai au contraire lu un roman plein d’humanité et de douleur, mettant en avant le thème du deuil difficile, ainsi que celui des migrants.
L’histoire commence avec Adam, policier syrien, qui lutte contre le pouvoir en place de l’intérieur. Sentant un jour la menace se resserrer contre lui, il décide de faire partir en urgence sa femme et sa fille, Nora et Maya, direction l’Europe, en espérant pouvoir les rejoindre le plus vite possible. Mais arrivé à la Jungle de Calais, il ne trouve nulle trace d’elles. Un soir, entendant les cris d’un garçon, il va le sauver de ses violeurs, et s’attacher à lui.
Bastien, lui, est policier, et suite à des événements familiaux douloureux, arrive pour prendre un nouveau poste à Calais. Il va alors découvrir le monde de la Jungle, et croiser la route d’Adam.
Le lecteur sait dès le début ce qui est arrivé à Nora et Maya, mais la fin est étonnante et j’avoue que je ne m’y attendais pas du tout. Olivier Norek décrit la vie dans la Jungle avec réalisme, et montre l’universalité des sentiments humains, loin de la peur de l’autre.
Tous les personnages sont attachants et cachent de lourds fardeaux : famille perdue, décès, violences, migrations, enfants-soldats.
Bastien, flic au grand cœur, va même écouter son cœur plutôt que les ordres pour tenter de faire ce qui lui paraît juste et humain.
Malgré la désolation et les coups du sort, une lueur d’espoir termine le roman, signe que la solidarité peut permettre d’avancer.
Un roman fort et émouvant qui montre les pires penchants de l’homme mis en situation difficile, mais aussi le meilleur. Un livre à lire assurément !
«Sauveur & Fils, saison 6 » de Marie-Aude Murail, éditions L’Ecole des loisirs
Résumé : Noël approche au 12 rue des Murlins, et Sauveur reçoit de nouveaux patients, comme les anciens. Et cette saison 6 est riche en évenements !
Mon avis : C’est toujours aussi jubilatoire de se plonger dans cette série, et une fois de plus, j’ai lu cette saison 6 d’une traite, ou presque !
On retrouve d’anciens patients, mais aussi des nouveaux comme Sarah qui entend des voix dans sa tête et a des hallucinations, liées à un passé traumatique, Ghazil qui vole des clés dans le sac de sa prof de SVT, et qui attend inconsciemment que sa mère annonce la vérité sur son passé, une grand-mère qui ne se remet pas de la mort de sa fille et accueille son petit-fils, ou encore Didier Gérard qui ne se sent pas bien depuis qu’un de ses produits a tué un bébé.
Mais attention, un psy peut en cacher un autre et vous aider à résoudre vos soucis, à travers des conseils qui paraissent étranges et lancent notre visiteur dans une enquête policière !
Et Sauveur et Louise essayent toujours faire un bébé, tandis que Gabin semble s’être trouvé en partant dans l’armée de mer, au grand désespoir d’Alice, qui ne veut pas (s’)avouer ses sentiments.
On rit, on frémit, on a peur, et on attend la suite avec impatience, car le résumé annonce tout de suite qu’un tome 7 arrivera !
Je crois que je suis devenue une véritable addict de cette série que je vous recommande toujours aussi chaudement ! A suivre !
« Frères d’exil» de Kochka, illustrations de Rom Haugomat, éditions Flammarion jeunesse
Résumé : Une île va bientôt disparaître, submergée par la montée des eaux. Nani, petite fille de 8 ans, va devoir la quitter avec sa famille. Elle emporte avec elle les lettres de son grand-père, qui lui serviront de repère où qu’elle aille.
Mon avis : Voici un récit assez court, mais intense, et riche en sagesse et en réflexion sur l’équilibre du monde.
Nani est une petite fille qui va devoir quitter son île avec ses parents, car elle est en train de disparaître sous les eaux. Sur sa route, elle va rencontrer un garçon orphelin, que la famille va prendre sous son aile et adopter. Avant de partir, son grand-père, Ipa, va lui transmettre deux objets et des lettres, qui lui serviront et l’accompagneront toute sa vie.
Le récit alterne entre la fuite de l’île, avec l’attente d’un bateau, le voyage et l’arrivée dans un pays étranger, et les lettres du grand-père, pleines d’une ancienne sagesse, et pouvant servir de repères pour toute une vie.
Entre les lettres d’Ipa et les recommandations de ses parents, Nani va comprendre que la vie est importante, qu’il faut aimer malgré les épreuves et les chagrins, que chaque être humain est différent et à la fois semblable aux autres, que le respect de la nature est important, que le cœur est capable de tout emporter en lui, et qu’il est important de connaître ses racines.
Un superbe roman qui permet de consoler des chagrins, et d’apprendre à faire face quoi qu’il arrive, grâce aux ressources de son cœur.
« L’île des Porte-Chance » de Lucie Heiligenstein, éditions Scrineo
Résumé: Dans un monde où la Terre a arrêté de tourner depuis longtemps, et où chaque région du monde est plongée soit dans la nuit, soit dans l’aube naissante, ou soit dans le plein soleil de midi, Emérance vit sur l’île d’Aube Grise, et met son don de Porte-Chance au service du gouvernement. Son fils adoptif, Lou, va découvrir que lui aussi est porteur de ce don, qui est aussi une malédiction, la chance prenant des chemins étranges et imprévus, et source de convoitise pour certains. Et Lou va voir sa vie bouleversée à cause des événements secouant l’île : des migrants arrivent de plus en plus nombreux sur l’île, venant des Terres Obscures, et la population commence à manifester contre cet afflux de migrants. La situation devient tellement tendue qu’Emerance décide d’envoyer son fils dans le Midi, chez sa soeur, pour le protéger, en attendant que les événements se calment. Ce voyage va permettre à Lou de faire de belles rencontres comme de moins bonnes, et lui comme sa mère vont être confrontés au passé…
Mon avis : Coup de cœur pour ce superbe roman reçu dans le cadre du dernier Masse critique Jeunesse de Babelio, que je remercie, ainsi que les éditions Scrineo.
La couverture est magnifique avec ses couleurs de début de jour et le cadran des heures. Et j’ai tout simplement été emportée par l’histoire du début à la fin, dans un univers original, mais qui ressemble aussi par bien des côtés au nôtre.
Elle se passe sur une planète Terre qui a cessé depuis bien longtemps de tourner, et où le monde s’est retrouvé figé en fonction de l’heure où la Terre s’est arrêtée. C’est ainsi que les Terres Obscures se sont retrouvées plongées dans la nuit, la Dernière nuit au cœur d’une nuit profonde et obscure, l’Aube grise dans une aube naissante, le Matin dans le soleil matinal, et le Midi sous un soleil éblouissant. Et cette inégale répartition a joué sur le caractère et les coutumes des habitants de chaque partie du monde, ceux vivant dans la nuit étant sujets aux illusions et faux-semblants, alors que ceux du Midi vivent dans une vérité impossible à cacher. Et les légendes sont nombreuses autour des pays qu’on ne connaît pas, le Midi étant présenté comme un eldorado et les Terres Obscures comme un lieu empli d’esprits.
Ce monde ressemble par certains aspects au nôtre, avec son lot de peur de l’autre, qui engendre de la haine par méconnaissance, l’arrivée de migrants sur qui les pires rumeurs courent sur des maladies qu’ils apporteraient, la crainte de voir trop d’étrangers arriver, la difficile acceptation des personnes qui ne rentrent pas dans les catégories, comme les personnes qui n’ont pas de genre défini…
C’est sur l'île d'Aube Grise que vivent Emérance et son fils Lou. Emérance vit de son métier de prêteuse sur gage, et de son don de Porte-Chance, qu’elle met au service de son gouvernement. Son fils adoptif, Lou, va lui aussi se révéler porteur de ce don, mais va quitter brutalement l’île, car sa mère veut le protéger en l’envoyant dans le Midi chez sa sœur dont il n’avait jamais entendu parler. Durant ce voyage initiatique, il va découvrir que son don peut être aussi lourd à porter, que personne n’est jamais tout à fait bon ni mauvais. Il va aussi en apprendre plus sur le passé de sa mère adoptive qui ne lui en avait jamais parlé. Emérance, de son côté, va devoir faire face à son passé, et à ce qui se passe dans les Terres Obscures.
J’ai apprécié de suivre une histoire où les personnages ne sont pas parfaits, où chacun possède une part sombre et lumineuse, dans un univers à la fois proche et loin de nous.
Emérance est une femme forte, qui peut paraître froide et insensible, et qui a aussi des mauvais côtés. Mais c’est ce qui la rend aussi humaine, surtout quand on découvre des pans de son passé qu’elle aurait bien voulu oublier et qui vont ressurgir.
Lou, lui, va découvrir que la chance des uns peut provoquer le malheur des autres, va croiser la cupidité et les faux-semblants, mais garde toujours confiance.
Les autres personnages sont eux aussi emplis de bien et de mal, avec une femme qui ne peut s’empêcher de voler, va révéler des secrets dangereux, mais qui souffre, un personnage androgyne qui est parfois homme parfois femme, un jeune homme amoureux d’un autre garçon, des chercheurs de Porte-Chance animés par le désespoir de voir leur pays aller mal…
Un roman actuel et de fantasy, écrit par une jeune autrice de 25 ans, qui a le talent de pouvoir sonder les âmes de ses personnages et de révéler ce chacun porte en lui de meilleur et de pire.
A lire !
Quelques extraits :
Il ne voulait rien, ne demandait rien, à part de profiter des petits instants de bonheur que l’existence pouvait lui accorder.
Chaque chose a plusieurs facettes. Comme les êtres humains, comme les animaux. Rien ni personne n’est complètement lisse.
« Lulu et Nelson, Tome 2. Le royaume des lions » de Charlotte Girard, Jean-Marie Omont et Aurélie Neyret, éditions Soleil, collection Métamorphose
Résumé : Lulu vit dans la ferme de Nelson, en attendant que son père puisse être libéré de prison. Elle va découvrir la savane, la vie sauvage, et va demander à Nelson de l’aider à capturer un lion.
Mon avis : Le tome 1 avait été un coup de cœur, et j’ai tout autant aimé la suite, et à la fin de ma lecture, je n’avais qu’une envie, lire la suite !
Lulu va découvrir la vie quotidienne de Nelson, et va lui demander de l’aider à capture un bébé lion, car elle tient toujours à son projet. Malgré ses réticences, Nelson va l’aider, et Lulu va recueillir un bébé lion à la patte cassée, dont elle va s’occuper.
Un nouveau venu à la ferme va se révéler infiltré au service d’un voisin blanc, car le père de Nelson milite pour l’égalité entre les noirs et les blancs, et se cache des autorités.
Ce tome 2 permet de poursuivre les deux principales thématiques du tome 1, qui se rejoignent d’ailleurs en un mot : liberté. Liberté de vivre à égalité, dans un monde dominé par L’Apartheid en Afrique du sud, où Neslon Mandela fait son dernier discours à la radio avant d’être arrêté. Et liberté de tout être vivant sur terre, homme ou animal, qui va faire réfléchir Lulu par rapport au bébé lion.
Résumé : Rachèle découvre par Martin, son meilleur ami, qu’une fille de son lycée a été exclue pour avoir frappé un garçon, alors que celui-ci lui avait touché les fesses. Elle décide d’écrire un tract appelant toutes les filles et les femmes de son lycée à faire grève pour dénoncer cette situation et le sexisme, amimée par la volonté de changer les choses.
Mon avis : Ce roman est dans la même veine que « Moxie », mettant en avant un lycée où le sexisme ambiant pèse mais que tout le monde accepte sans rien dire. Mais la goutte qui va faire déborder le vase pour Rachèle, c’est l’exclusion d’une élève du lycée alors qu’elle était en fait victime et subissait du harcèlement sexuel.
Rachèle écoute sa colère et décide de lancer un mouvement de grève pour protester contre cette situation et contre le sexisme. Elle ne sait pas vraiment où cela va la mener, mais elle va rencontrer un groupe de filles qui soutient son action.
Ce roman est très intéressant car il fait se poser des questions et réfléchir sur le sexisme, ainsi que les autres discriminations, abordant l’idée du féminisme, le sexisme entretenu parfois involontairement par la société et les femmes elles-mêmes, le harcèlement de rue, le fait d’être femme, les difficultés rencontrées quand on est une femme, la précarité menstruelle, le fait d’être libre de s’habiller et de se maquiller comme on le souhaite, le rôle des hommes dans la lutte féministe, les relations mère-fille, la sororité, la discrimination par rapport à la couleur de peau…
Rachèle va passer par des montagnes russes émotionnelles, se demandant si son combat en vaut la peine, doutant d’elle-même, et va aussi mûrir, se faire de nouvelles amies, et devenir une féministe convaincante et convaincue.
Un roman à faire lire aux filles et aux garçons !
Quelques extraits :
La colère ne décrédibilise pas un mouvement, elle le rend légitime. S’il y a une colère, c’est bien qu’il y a un problème.
J’ai alors réalisé que, dans les nombreux moments de solitude que j’avais vécus en tant que femme, j’avais en réalité toujours été accompagnée par des milliers d’inconnues.
C’était peut-être pour ça qu’il fallait s’entourer : à plusieurs, on palliait les faiblesses des autres.
« Beignets de tomates vertes » de Fannie Flagg, éditions J’ai lu
J’avais déjà lu « Miss Alabama et ses petits secrets », et je me suis laissée tenter par « Beignets de tomates vertes », dont j’avais entendu parler en bien.
Et j’ai bien fait de lire ce roman, qui est à la fois une saga familiale et amicale de la ville de Whistle Stop, proche d’Alabama, et une chronique de l’histoire de l’Amérique profonde.
Tout commence avec Evelyn, la cinquantaine, qui accompagne son mari venu voir sa mère en maison de retraite. Elle va y faire la rencontre de la vieille Ninny, qui adore raconter des moments de son passé, et va faire renaître sous nos yeux toute une époque, et va oser faire bouger les lignes pour Evelyn, la faisant sortir de la déprime et prendre sa vie en main.
Les chapitres alternent entre des moments du passé, des articles de la gazette locale, des confidences de Ninny, et des réflexions et actions d’Evelyn.
L’histoire nous transporte à Whistle Stop, avec le café de la ville, centre de tous les récits de Ninny. On va va y croiser des personnages truculents et hauts en couleurs, des joies, des peines et des grosses douleurs : des femmes amoureuses, un mari violent, des vies dures, la condition des noirs…
Un roman passionnant qui est à la fois doux amer et rassénérant, redonnant le moral malgré tout et appelant à profiter de la vie. Une jolie pépite !
Un extrait :
Mais je vais vous dire une chose : on ne peut pas longtemps s’attrister sur son propre sort, sinon c'est comme un cancer, sauf que ce n’est pas votre foie ou vos poumons qui pourrissent, mais votre âme.
« L’école des rêves, 1. La promotion Neptune » de Paul Ivoire, illustrations d’Antoine Brivet, éditions Poulpe fictions
Résumé : Kimlan fait son entrée à l’école des rêves : il va découvrir les cours pour imaginer les rêves et les cauchemars, voyager dans des tableaux, ou analyser des rêves qui dysfonctionnent. Mais il va aussi comprendre qu’il n’a pas les mêmes pouvoirs que ses camarades, et croiser d’inquiétantes chauve-souris. Que se passe-t-il vraiment à l’école ?
Mon avis : J’ai été enchantée par ce tome 1, qui emmène dans un monde fantastique, Evêria, qui fabrique les rêves et les cauchemars des humains.
C’est dans la Tour Coquillage, au sein du château Chambord, que Kimlan va faire sa rentrée à l’école des rêves. Il espère pouvoir réussir les examens de fin d’année, pour pouvoir continuer à rester dans cette école, mais il va découvrir que ses pouvoirs sont différents de ceux de ses camarades, et pourraient empêcher la réussite de ses examens. Mais il peut compter sur l’aide de ses amis.
J’ai adoré entrer dans cet univers magique, où on découvre comment sont créés les rêves et les cauchemars des humains, avec des personnages atypiques comme les Mililims qui ont des corps d’animaux, alors que les Oniris ont une apparence humaine. J’ai trouvé original le choix de l’école sous la forme du château de Chambord. Et les mystères dans l’école, ainsi que le pouvoir intrigant de Kimlan, apportent juste ce qu’il faut de dose de mystère.
Le roman m’a convaincue, donnant envie de savoir ce qui se cache derrière les apparitions de chauves-souris étranges, le rôle exact d’un élève dans l’école, ainsi que ce qui pourrait faire Kimlan avec son pouvoir spécial.
Un début de série dont je suis ressortie enchantée, grâce à l’imagination débordante de l’auteur, et à la qualité des illustrations.
« Les vieux fourneaux, 6. L’oreille bouchée», scénario de Wilfrid Lupano, dessin de Paul Cauuet, couleurs de Jérôme Maffre, éditions Dargaud
Résumé : Pierre et Antoine sont invités par Mimile en Guyane, ce qui est loin de ravir Pierre qui va détester la nature, les moustiques, la pluie… Mais ils vont aussi participer à de bonnes actions, par suprise !
Mon avis : J’adore cette série avec nos héros âgés, mais loin d’avoir la langue dans leur poche, et faisant le plein d’aventures.
Et là, ils vont être servis, car Mimile leur envoie une invitation mystérieuse pour la Guyane. Autant Antoine est enchanté, autant Pierre ne va pas arrêter de râler contre la nature trop naturelle, les moustiques trop piquants, la pluie trop forte, ou les singes trop envahissants. Mais nos amis auront l’occasion de renouer avec leur passé de pirates, sur les planches, comme dans la vraie vie.
Leur voyage va être ponctué de rencontres mêlant passé et présent, et ils vont contribuer à de bonnes actions et continuer à être activistes.
Un vrai régal que de lire ce tome 6, avec un titre qui fait immédiatement sourire, car faisant référence à Tintin, et des aventures bourrées d’humour, mais sans oublier une part de réflexion sur la vie et l’action de l’homme. A lire !