La mémoire des couleurs
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« La mémoire des couleurs » de Stéphane Michaka, éditions Pocket jeunesse
Résumé : Mauve, 15 ans, se réveille dans une brocante, sans se rappeler de la façon dont il a pu y arriver. Il comprend très vite qu’il est capable d’entendre les pensées des gens, et retrouve progressivement des bribes de son passé. Il va alors découvrir d’où il vient et qu’il a un rôle à jouer dans l’avenir des humains…
Mon avis : Coup de coeur pour ce superbe récit qui mêle à la fois science-fiction, dystopie et plongée dans la connaissance de soi et dans ce qui constitue l’identité de chacun. Du même auteur, j’avais lu « Cité 19 » qui m’avait laissé aussi bonne impression.
Dès le début, le lecteur est plongé avec Mauve, un garçon de 15 ans, dans un univers totalement inconnu, se réveillant dans une brocante, et ne sachant pas ce qui a pu se passer avant. Il va être recueilli par Anna, qui gère la brocante, et sa nièce Lucie, qui vont s’occuper de lui, pensant qu’il a réussi à échapper à une secte, tellement il semble en décalage avec le monde qui l’entoure, ne connaissant pas le pronom « je » pour s’exprimer, n’aimant pas la nourriture proposée, gêné par les odeurs de pollution, capable de parler et de comprendre toutes les langues, effaré de voir des personnes âgées vivre, et de voir qu’il y a peu de couleurs de peau chez les humains qui l’entourent.
Rapidement Mauve va se rendre compte qu’il est capable d’entendre les pensées des gens, et que deux personnes portant comme lui des noms de couleurs, Rouge et Gris, sont apparus aussi un jour dans la brocante, mais sont partis depuis.
Mauve va aussi rêver dans son sommeil de son passé, dont des pans de plus en plus importants vont lui apparaître, et va comprendre qu’il vient d’ailleurs, et qu’il a été puni en étant envoyé à cet endroit.
Il va apprendre à connaître et à apprécier son nouvel environnement et ses habitants, et va aussi découvrir que la Terre court le même danger que chez lui, et qu’il pourrait détenir la solution pour l’empêcher. Et il va aussi partir en quête des personnes qui l’ont précédé dans la brocante.
Je n’en dis pas plus pour vous laisser le suspense de la découverte.
Les chapitres alternent entre le présent avec Mauve qui découvre sa nouvelle vie, et des retours approfondis sur son passé, qui permettent de comprendre qu’il vivait dans un monde, où, sous couvert d’égalité et de bonheur, tout était décidé pour chacun, sans secret pour l’autorité, sans rébellion possible, où le collectif a la primauté, et où l’imaginaire a disparu avec la destruction des livres.
Ce roman est une vraie réussite, parvenant à nous surprendre, avec un univers particulier et original, qui pourrait bien venir plus tard dans un futur pas si lointain, si nous laissons l’IA prendre le pas sur le reste. On pense par certains côté à « 1984 » et à la série « Promise », avec une touche de « CIEL » où le numérique décide de tout.
Et ce roman est en même temps une quête identitaire, avec un héros qui va apprendre à remettre en question ce qu’on lui a appris, et oser se lancer dans un voyage intérieur pour se connaître lui-même et forger son identité, tout en découvrant les joies de l’imagination et de la créativité avec la lecture.
Une très belle lecture que je vous recommande !
Quelques extraits :
En décrétant l’Autodafé Intégral, puis en supprimant la première personne, vous nous avez privés d’un trésor. Vous nous avez privés de nous-mêmes.
Ce qui nous définit, c’est ce qu’on invente au jour le jour
Se peut-il que la part la plus secrète des humains ne soit pas contenue dans leurs pensées, mais dans cet endroit mystérieux qu’ils appellent le cœur ?
Les données dont la vie connectée nous assaillait servaient principalement à nous priver de vie intérieure.
Le vrai pouvoir de la lecture, c’est de rendre amoureux. L’intense fixation qu’elle provoque agit à la manière d’un philtre. Finir un livre, un livre qui nous a captivé du début à la fin, c’est comme sortir d’une histoire d’amour.
Qu’est-ce qu’une bonne histoire ? Celle dont vous ne pouvez prédire la fin, car elle appartient à l’héroïne ou au héros.