Frère noir, noir de frère

Publié le par Doc Bird

« Frère noir, noir de frère » de Jewell Parker Rhodes, éditions Hachette

L’histoire : Donte arrive dans un nouvel établissement privé suite au déménagement de ses parents, et il n’arrive pas à se faire accepter, étant le seul noir, alors que son frère, Trey, qui a la peau blanche, s’intègre parfaitement. L’ensemble des adultes semble le prendre pour un futur délinquant, et Alan, le capitaine de l’équipe d’escrime, ne cesse de le harceler et de l’humilier en public, l’interpelant par le surnom « Frère noir, noir de frère ».

Et un jour, tout cela va aller trop loin : Donte se retrouve accusé de méfaits dans la classe, et la police vient le chercher. Dans la cellule du commissariat, Donte se retrouve seul face à ses peurs et à l’humiliation. Ses parents vont le sortir de là, mais il va devoir passer en jugement. Il trouve alors en lui la colère et la rage pour décider de lutter contre les préjugés et le racisme face aux personnes noires.

Mais comment faire ? Se battre physiquement est ce que tout le monde attend pour le pointer du doigt et montrer son caractère dangereux. Il va alors décider de se concentrer sur Alan, et vouloir se mettre à l’escrime pour le battre sur son propre terrain. Il va rencontrer un entraîneur noir qui a participé aux jeux olympiques, et va découvrir en lui des forces insoupçonnées, et surtout une passion pour l’escrime, alors qu’il n’était jusque-là pas trop attiré par le sport, contrairement à Trey qui excelle au basket.

Et son entraîneur va surtout lui apprendre les règles éthiques et valeurs de l’escrime : gagner n’est pas le but, humilier l’adversaire encore moins. Au contraire respect et humilité sont de mise. Entouré par sa famille et son entraîneur, Donte va commencer à trouver sa propre place.

Parviendra-t-il à garder son sang-froid lorsqu’il rencontrera Alan en compétition ? Et comment son jugement se passera-t-il ?

Mon avis : Voici un roman engagé, qui permet à la fois de parler du racisme, des personnes et des familles racisées, mais aussi d’un sport que je connaissais peu, l’escrime. L’écriture est par moments vive et envoie des coups de fleuret, mouchant le lecteur.

Je le savais déjà, mais ce roman m’a rappelé que la couleur est vraiment un facteur de réussite ou d’échec, surtout aux Etats-Unis. Les jeunes à la peau noire ont beaucoup moins de chance de réussir dans la vie : on pense tout de suite qu’ils vont mal tourner, commettre des méfaits, et ils sont les coupables idéals, même quand ils n’ont rien fait. Et que dire de l’éducation : les établissements où il y a des noirs proposent moins d’activités différentes, et jamais de l’escrime, qui semble réservée à une élite blanche. Et quand un noir entre dans une prestigieuse école où il est minoritaire, tout est fait, que ce soit au niveau des adultes ou celui des élèves, pour que la personne soit isolée, harcelée, et quitte l’établissement. Tout est fait pour le pousser à la faute.

Et il est difficile pour les familles mixtes de vivre aussi dans cet environnement, où les gens ne comprennent pas que deux frères puissent avoir une couleur de peau différente, et où l’un aura plus de facilités que l’autre. Face à ce mur de préjugés et de racisme, beaucoup de jeunes laissent la colère les envahir, et ont alors les réactions que les autres attendent d’eux.

Donte est au bord du fil. Il a la chance de réussir à convaincre un entraîneur noir, qui est allé très haut dans la compétition, mais s’est laissé rattraper par la colère et a mis fin à sa carrière. Il ne souhaite pas que Donte répète les mêmes erreurs que lui, et va poser des règles avec lui et le mettre à l’épreuve pour prouver sa persévérance.

Donte découvre alors un nouveau sport, l’escrime, avec ses règles, son entraînement, ses valeurs, et va découvrir qu’il est fait pour l’escrime : quand il combat, il se sent lui-même, arrive à réfléchir et à prendre de la distance pour élaborer sa tactique et contrer celle de l’adversaire.

Un roman qui donne envie de connaître les sportifs de haut niveau de l’escrime, dont l’image renvoie à un sport de blanc, mais où des personnes d’autres couleurs ou origines peuvent exceller, et qui peut donner envie aux jeunes de s’engager à leur échelle dans la lutte contre les discriminations.

Petit bémol, j’ai trouvé dommage que dans les dernières pages, il y ait eu des erreurs sur le prénom d’Alan qui s’est transformé plusieurs fois en Alain. C’est dommage alors qu’il s’agit des pages qui donnent une dernière impression au lecteur.

Un extrait : 

Coach exprime des choses que j’ai déjà ressenties, comme le fait de céder facilement devant l’opinion négative de quelqu’un. (Si cette personne pense que je suis un voyou, pourquoi ne pas agir comme un voyou ?)

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M
Très beau retour. Moi aussi j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman car il réussit le pari d'évoquer toutes ces thématiques sans s'éloigner d'une certaine douceur. Un roman qui met en avant les valeurs de l'escrime. Et une belle manière de découvrir ce sport, mais aussi que la colère et la vengeance ne sont pas forcément les bonnes solutions pour contrer le racisme et les inégalités. Heureusement que Donte est bien entouré (et sans doute qu'il vienne de ce milieu social.)
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D
J'ai lu aussi ton avis et je vois que nous avons le même ressenti ;)<br /> J'ai bien aimé découvrir un sport qui m'était plutôt inconnu, ainsi que ses belles valeurs.Et on voit combien il est facile de tomber dans la colère et que cela ne mène à rien, même si c'est souvent le premier réflexe.
M
On ne parle jamais assez de racisme et du problème des femmes... et des minorités etc... parfois, rien ne semble changer...
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D
Et parfois on a même l'impression que cela empire...
M
Un roman bien ancré dans l'actualité quand on voit à quel point les aprioris peuvent empoisonner la vie quotidienne de ceux qui ne sont pas de la bonne couleur de peau. Ces aprioris existent bien entendu chez nous aussi... Je ne connais pas bien l'escrime bien qu'un de mes neveux en ait fait pendant son adolescence. Mais il me semble que c'est un sport régi par de belles valeurs. Et ce que tu dis sur les jeunes qui finissent par faire ce pour quoi on les accuse sans raison est très vrai...c'est très difficile de les éloigner de ce genre de comportement ensuite. Merci pour la découverte
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D
C'est en effet un roman fort et c'est aussi ce qui arrive en France, même si ce n'est peut-être pas au même niveau qu'aux États-Unis. Je trouve intéressant que les jeunes puissent prendre conscience du racisme quotidien, ainsi que des conditionnements qui peuvent pousser vers le pire.