L’évangile des anguilles

Publié le par Doc Bird

« L’évangile des anguilles » de Patrik Svensson, éditions du Seuil

J’ai reçu ce roman en avant-première sur proposition de Babelio que je remercie, ainsi que les éditions du Seuil. D’ailleurs je parle de roman, mais on pourrait aussi bien parler d’essai philosophique aussi bien sur l’anguille que sur la vie et la mort.

Patrik Svensson est un auteur suédois qui écrit avec ce titre son premier livre, et celui-ci est très original. S’appuyant à la fois sur son histoire personnelle et familiale, notamment avec le récit de pêches à l’anguille avec son père, et sur des recherches scientifiques poussées (d’ailleurs il y a une bibliographie à la fin), ce récit alterne des chapitres personnels, et d’autres plus longs, à la recherche de l’énigme scientifique de l’anguille, qui glisse entre les mains de quiconque tente de percer son mystère.

Et sur un sujet qui n’a pas l’air si palpitant au premier abord, je me suis retrouvée happée par surprise dans ce récit. Car l’auteur a réussi à m’hameçonner habilement, en racontant les mystères de l’anguille, auxquels l’homme essaye de trouver des réponses concrètes et scientifiques depuis Aristote, mais qui se heurte à un animal tellement secret qu’on sait peu de choses sur lui, même si on progresse peu à peu avec les moyens modernes.

C’est ainsi que j’ai appris que ce poisson ( car c’en est bien un, malgré son allure de serpent), naîtrait dans la mer des Sargasses sous forme de petite feuille larvaire, puis suit les courants marins, se transforme en alevin, et arrive dans les rivières d’eau douce où il devient une anguille de couleur jaune, vit sa vie d’anguille et un jour, poussé par on ne sait quel instinct, se transforme en anguille argentée, développe des organes sexuels et repart vers la mer des Sargasses se reproduire et mourir.

Enfin bon, tout cela reste encore un peu théorique, car toutes les preuves ne sont pas là. Par exemple, on n’a jamais vu d’anguille se reproduire, il a fallu des siècles avant de découvrir des anguilles avec des organes reproducteurs, et on n’a jamais vu d’anguille morte dans les Sargasses.

Et ces mystères nuisent aussi à cet animal de légende, qui pourrait rapidement disparaître de la surface du globe, à cause de l’action humaine, alors qu’il est apparu sur terre bien avant l’homme.

Ce roman fourmille d’informations sur l’anguille, son mode de vie, les légendes qui l’entourent, la passion des hommes sur ses mystères (même Freud, avant d’être le célèbre psychanalyste qu’on connaît, s’est penché sur le mystère de l’anguille et n’a rien trouvé), la volonté de quelques uns à passer des années pour en savoir plus sur elle. Et en même temps, c’est aussi l’occasion pour l’auteur de renouer avec ses origines, ses parties de pêche à l’anguille avec son père, et de réfléchir à des questions philosophiques et métaphysiques liées à cet animal nimbé de mystère, de réfléchir sur ses racines pour savoir où l’on va, sur les croyances et la foi, sur la vie, ses transformations, la mort.

Et la couverture est très réussie, avec le bleu de la mer ou de la rivière, la barque où se trouvent père et fils, et l’onde de l’eau qui fait penser à des anguilles, mystérieuses et cachées.

Un titre original que je conseille, qui a d’ailleurs été lauréat du prix August, équivalent du prix Goncourt en Suède.

 

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