L’accusé du Ross-Shire 

Publié le par Doc Bird

« L’accusé du Ross-Shire » de Graeme Macrae Burnet, éditions Sonatine

Tout d’abord, merci aux éditions Sonatine et à Babelio de m’avoir proposé de lire ce roman pour un Masse critique spécial. Je dois dire que j’ai tout de suite postulé pour ce roman, car le résumé me donnait vraiment envie d’en savoir plus.

10 août 1869. Roderick Macrae, jeune paysan de 17 ans, tue trois personnes dans leur maison. Aussitôt, il se rend et explique qu’il est l’auteur de ce triple homicide.

2014. Graeme Macrae Burnet fait des recherches sur son grand-père. Il découvre alors des documents d’archives sur un de ces ancêtres, Roderick Macrae, et sur les assassinats dont il serait l’auteur. Graeme Macrae Burnet décide alors de lire tous ces documents et de les porter à la connaissance du grand public. Ce sont ces documents dont le lecteur va prendre connaissance. Il y aura les différentes dépositions, le récit des événements par Roderick lui-même, les rapports d’autopsie, un extrait d’ouvrage sur la psychologie de la folie dans le monde judiciaire, des extraits du procès, à travers différents articles de journaux de l’époque.

Le principe ce de roman est intéressant, faisant participer l’auteur qui a découvert fortuitement des informations sur un de ses ancêtres, mêlant les différents éléments du dossier judiciaire, afin que le lecteur se fasse son propre avis sur la culpabilité de Roderick. Il est coupable physiquement de trois assassinats, mais avait-il toute sa tête à ce moment-là ? Les jurés ont rendu leur verdict, au lecteur d’avoir son propre avis. Cette idée d’avoir un fait et plusieurs interprétations est originale, laissant le lecteur se forger sa propre conviction à l’aide des éléments fournis, comme dans le cadre d’un véritable procès. A travers les différents documents présentés, le lecteur est mis à distance du personnage de Roderick, se sentant souvent simple spectateur, sauf au moment de la lecture du récit des faits par Roderick lui-même, même si, là encore, la narration impose toujours un certain recul.  Le lecteur se retrouve donc en position plutôt impartiale pour pouvoir juger de la culpabilité de Roderick.

Le récit de Roderick est le document qui permet de cerner au plus près la personnalité de ce jeune homme, et qui permet de comprendre l’enchaînement des faits qui a mené au massacre final. Y est dépeinte une société paysanne des Highlands au 19ème siècle, avec son lot de personnages frustes, et le vase clos du village qui renferme plein de rancœur et de désespoir. A partir du moment où Roderick perd sa mère, le destin semble inexorablement pousser la famille vers un sombre destin. Le père, déjà taciturne, se renferme encore plus, Jetta, la fille aînée, doit pourvoir à tout dans la maisonnée et perd sa joie de vivre, et Roderick sent que des jours difficiles arrivent. Car Lachlan Mackenzie est élu constable du village, et n’aura de cesse de s’acharner sur la famille Macrae : il invente de nouvelles réglementations pour les empêcher de vivre, et entre dans une véritable campagne de harcèlement, sans que le reste du village n’ose y redire, par lâcheté. Les événements s’enchaînent alors rapidement, faisant basculer le destin de la famille. Et Roderick a en plus le malheur de ressentir des sentiments pour Flora Mackenzie, alors qu’il sait que cela est impossible. Rien de bon ne peut ressortir de cet engrenage infernal. Roderick se laisse aller à son destin, malgré une vélléité de fuite, et se résigne à suivre ce que le destin lui offre. Jusqu’au jour où tout bascule, et où il assassine sauvagement Flora, son petit frère, et Lachlan.

Les différents documents, et notamment les détails du procès, vont essayer de déterminer si Roderick était en pleine possession de con esprit au moment des meurtres ou pas. Différents témoins et experts sont appelés à la barre, et le portrait de Roderick est très mouvant, l’accusé lui-même semblant non concerné par son procès. Alors fou ou pas ? Rien n’est sûr, et c’est à chacun de se faire sa propre opinion.

Ce récit permet de dresser le portrait sociologique d’un petit village des Highlands renfermé sur lui-même, où chacun se mêle de ses propres affaires, sans forcément aider les autres. On y rencontre des personnalités âpres, des conditions de vie difficiles, et un jeune Roderick qui accepte de se laisser porter par le destin, ne pouvant lutter contre, et se résignant. La campagne de harcèlement contre sa famille est infâme, et la naïveté de Roderick lui jouera des tours. La noirceur de l’âme humaine apparaît au grand jour, et il est facile de désespérer sur le genre humain à la lecture ce roman. Il n’en reste pas moins que les assassinats sont sordides et d’une rare violence, et le doute plane sur les motivations de Roderick.

Au niveau de la description historique, je trouve que ce récit a tout bon, mais la quatrième de couverture allèche le lecteur en le qualifiant de thriller, alors que je trouve qu’on en est loin. Nul suspense sur les événements, pas de frissons, et aucune tension.

Un récit à la construction originale, qui intéressera les passionnés de criminologie, et ceux qui ont aimé lire « Oliver Twist » ou « Les Misérables ».

Alors, si vous voulez vous faire votre propre avis, il ne vous reste plus qu’à lire ce titre.

 

L’accusé du Ross-Shire 
L’accusé du Ross-Shire 
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Commenter cet article

manou 27/09/2017 15:32

Et bien aujourd'hui je m'abstiens de tout commentaire car figure-toi que moi aussi je viens de le recevoir en même temps que celui de la dernière Masse critique et j'ai commencé par lire...l'autre ! Du coup je reviendrai voir ton avis quand je l'aurai lu et je pressens que cela va me plaire :) A bientôt

Doc Bird 27/09/2017 17:16

Du coup, j'ai hâte de lire ton avis une fois que tu l'auras lu ! Bonne soirée