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La terre qui penche

« La terre qui penche » de Carole Martinez, éditions Gallimard

Résumé : Blanche est une jeune demoiselle d’une dizaine d’années qui vit dans le château de son père, qui la fait élever à la dure. Un jour, elle sent un changement, mais personne ne lui dit rien alors qu’on lui coud un magnifique surcot. Son père l’emmène alors sur un cheval à travers la forêt et elle arrive au Domaine des Murmures, où l’attend son promis.

Mon avis : Ce roman se situe essentiellement au Domaine des Murmures, où quelques siècles auparavant, Esclarmonde vivait et s’était enfermée volontairement dans un bâtiment attenant à la chapelle du Domaine, devenant une femme presque sainte, dans le roman « Du domaine des murmures », que j’avais beaucoup apprécié.

Ici, on rencontre Blanche, une petite fille d’environ 10-11 ans, fille d’un seigneur rugueux qui n’apporte aucun amour à sa famille, ainsi qu’à sa sœur, ou à ses autres bâtardes. Il part souvent guerroyer, et punit ses filles dès qu’elles s’écartent du chemin qu’il leur a tracé. Malgré tout, Blanche est un peu rebelle, elle est même surnommée « Chardon », un peu spéciale aussi, car elle parle la nuit et ne peut donc garder aucun secret.

Mais un jour Blanche découvre qu’on lui prépare un magnifique surcot aux armes de son père, avec trois loups couleur de sable, et se retrouve un matin à cheval pour aller à la rencontre de son destin. Celui-ci va la mener au Domaine des murmures, où l’attend son futur époux, Aymon, qui est simple d’esprit. Elle va alors rester au Domaine afin d’apprendre à lire et à écrire, afin de pouvoir gérer le Domaine à partir du jour où elle se mariera, pour suppléer à son mari. Au début, Blanche se révolte, est effrayée qu’on lui choisisse son destin, mais finalement, après avoir dépassé sa peur du diable à l’œuvre dans les actions que nous entreprenons, elle va s’adapter à cette vie et découvrir le plaisir de la connaissance. Elle va aussi en apprendre plus, par petites bribes, sur l’amour entre sa mère qu’elle n’a pas connue, et son père.

Le récit est raconté à deux voix, l’une est celle de la fillette, l’autre, celle de la vieille âme qui reste enterrée auprès de la fillette, et qui a vu les siècles défiler. Toutes deux se replongent dans les souvenirs de Blanche, qui est morte très jeune à 12 ans.

On retrouve un Moyen Age où la vie est difficile et violente, la peste présente, le pouvoir des hommes implacable, la condition des femmes peu enviable, mais où règne aussi une certaine résistance des femmes face à leur destin, où la magie imprègne les lieux et les esprits des gens. La rivière de la Loue vers laquelle la terre du Domaine penche, comme irrésistiblement attirée, est un personnage à part entière, capable d’amour, mais aussi de remous et de courants monstrueux, incarnée par la Vouivre, cette femme légendaire qui a sur son front un rubis, et qui tue les hommes après l’amour. On y croise des loups couleur de sable, des êtres légendaires, le diable qui s’incarne souvent en l’homme pour faire le mal, un cheval au cœur courageux, un père heureux d’ouvrir son cœur à son fils…

On entre de plein dans l’imaginaire du Moyen Age, avec son bestiaire monstrueux, ainsi que les légendes locales, aux confins du Doubs et du Jura : ogre qui viole et dévore les petits enfants, Vouivre…

Réalité et légende sont inextricablement liées dans cette histoire, où certains êtres apparaissent aux enfants au cœur pur, où une vieille âme peut s’égarer dans son récit, mais qui finalement prône une certaine liberté des femmes par rapport à leur destin, même si elles le payent chèrement.

Une histoire envoûtante et violente à la fois, aux confins de la rêverie, de l’étrange, et de la réalité, empreinte de douleur, de poésie et de mysticisme.

« A tes côtés, je m’émerveille.

Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche.

Tu dors, ô mon enfance,

Et, pour l’éternité, dans la tombe, je veille. »

L'avis de Manou, qui m'a donné envie de lire ce roman : http://www.bulledemanou.com/2016/10/la-terre-qui-penche-carole-martinez.html

manou 20/07/2017 11:33

Merci beaucoup de me citer ! Je vois que tu commences les vacances en te faisant plaisir et je suis surtout contente que tu aies aimé ce roman que j'avais aimé moi aussi pour la poésie du texte et les talents de conteuses de l'auteur,mais un peu moins pour sa violence. C'est un auteur qu'il faut connaître absolument et ta chronique en donne envie...

Doc Bird 20/07/2017 11:40

De rien, c'est toi qui m'a donné envie de lire ce roman, surtout qu'il se passe au domaine des murmures. Et les légendes comtoise imprègnent l'univers de l'auteur, mêlant poésie et violence. Un beau roman pour commencer les vacances !